L’histoire de Saint-Guidon d’Anderlecht


Un anderlechtois canonisé

Saint Guidon (ou Guido, Wijen) est le patron des cochers et de la commune d’Anderlecht.

Son existence historique semble avérée, même si nombre d’éléments légendaires se mêlent à ses différentes biographies dans lesquelles on ne néglige aucun détail de la tradition populaire – alors même que l’on s’occupe bien peu de transmettre des récits historiquement vérifiés. Toutefois, la sépulture de saint Guidon, située au pied de l’église Saint-Pierre d’Anderlecht, de même que la première translation de ses reliques (fin du 11ème siècle) et leur inhumation dans la crypte de ladite église, permettent de confirmer l’existence historique du saint.


La Vita Guidonis

Une Vita Guidonis (c’est-à-dire la Vie de saint Guidon) fut rédigée au 12e siècle par un chanoine anonyme du chapitre de Saint-Pierre, un siècle après la mort de saint Guidon. Il s’agit d’un ouvrage à usage interne, destiné à l’édification religieuse du Chapitre des chanoines d’Anderlecht. Mais par la suite, le texte fût diffusé en latin dans toute l’Europe, parmi une centaine de saints remarquables, si bien que Saint-Guidon est vénéré jusque bien loin de ses terres d’origine.


Saint-Guidon, le pauvre d’Anderlecht

Saint Guidon est né à Anderlecht vers 950 dans une famille pauvre. Il fut d’abord garçon de ferme, puis devint sacristain à Laeken. Dès son jeune âge sa vie est exemplaire et auréolée de bienfaits.

Dans son ardent désir de secourir les pauvres, il entreprit de faire du commerce afin de pouvoir multiplier ses aumônes, mais cette tentative se solda par un échec. Sous l’influence du diable, nous dit la légende, il se serait associé à un marchand dans une entreprise fluviale, mais ce commerce fit faillite.

Voulant alors faire pénitence pour s’être livré à une telle entreprise, il partit pour un pèlerinage à Jérusalem qui devait durer sept ans. Le fait est qu’il parcourut le monde chrétien, visita de nombreuses églises en France, en Italie et en Espagne, entreprit plusieurs pèlerinages, dont celui de Rome et deux fois celui de Jérusalem. Et, il revint au pays après sept ans de voyages. Il se retira au monastère d’Anderlecht où il mourut de la dysenterie le 12 septembre 1012.


Le culte de Saint-Guidon

Les miracles qui se produisirent par la suite sur sa tombe furent à l’origine d’un culte fervent. Celui-ci fit affluer à Anderlecht, dès la fin du XIe siècle, un grand nombre de pèlerins venus l’implorer principalement contre la dysenterie et les maladies du bétail. On le considérait en effet comme le protecteur des écuries, des laboureurs et des sacristains.

L’afflux fut tel que dès le XIIe siècle on dut élever une nouvelle église dont les dimensions seront quasi les mêmes que celle qui sera construite quatre cents ans plus tard. Cette période correspond à la première mention en 1078, d’un chapitre de chanoines établi à Anderlecht. Ce chapitre, qui en 1195, lorsque ses membres obtinrent le patronat de l’église Saint Pierre, était encore qualifié comme étant « pauvre », se développa par la suite en une institution prospère qui transforma Anderlecht en un riche centre culturel et cultuel où les pèlerins des quatre coins du pays allaient côtoyer les plus illustres érudits de notre histoire, membres du chapitre ou leurs hôtes.

Parmi eux se trouvaient entre autres, Pierre Thymo et Jean Carondelet, futurs archevêques de Besançon et de Palerme, Adrien Boeyens qui, en 1522, devint pape sous le nom d’Adrien VI et le prince des humanistes, Erasme de Rotterdam.


La légende de Saint-Guidon

Nous sommes dans la seconde moitié du XIe siècle (42 ans après la mort du saint). Selon la tradition, un cheval heurta du sabot une pierre affleurant au sommet d’un tertre, quelque part sur le côté de la route de Mons, sur le territoire d’Anderlecht. Cette pierre s’avéra être un dolmen qu’on entoura d’une haie, faute de pouvoir le déplacer. Curieusement le cheval en mourut, de même que moururent dans la semaine les ouvriers chargés de déplacer la pierre et qui auraient manqué de respect au lieu.

On reconnut alors le tombeau de Guidon et celui-ci opéra bientôt des miracles. Cet épisode est retracé sur une des parois de la châsse en bois du XVIe siècle qui contenait les ossements de St Guidon, actuellement exposée dans la chapelle St Guidon, à l’angle sud-ouest de la collégiale.


Les attributs de Saint-Guidon

Sur les statues de Saint-Guidon, on distingue généralement les attributs suivants : le cheval, le bœuf, la herse triangulaire, le chapelet (un objet de dévotion consistant en un collier de grains enfilés, que les catholiques fait passer successivement entre leurs doigts, en récitant certaines prières), l’habit de pèlerin et le navire sombrant dans la tempête. Ce dernier est une allusion au naufrage du bateau qu’il aurait affrété et qui aurait sombré en heurtant un banc de sable de la Senne.


Les traditions associées à Saint-Guidon

Procession de Saint-Guidon et de Notre-Dame de Grâce
Cette procession retrace la vie de St-Guidon. Elle se tient le samedi de septembre qui précède le marché annuel d’Anderlecht, le 12 septembre étant la date anniversaire de la mort du saint. Le cortège est composé de 7 chars tirés par des chevaux et de ± 400 figurants en costume d’époque.

Cavalcade
Une tradition spectaculaire était la cavalcade de la Pentecôte. Les cavaliers aux montures enrubannées s’élançaient à bride abattue autour de l’église d’Anderlecht. Au terme du 3ème tour, le vainqueur arrivant devant le portail de la Collégiale pouvait le franchir « à cheval » et le chef couvert. Une fois à l’intérieur, il recevait des chanoines une couronne de roses. Mettant pied à terre, le champion s’enfonçait alors dans les profondeurs d’une crypte où il allait devoir, et après lui tous les autres pèlerins, se faufiler sous une énorme table de pierre. Cette table, que l’on disait être le tombeau de Saint-Guidon, existe toujours et ressemblait au dolmen de la légende. En 1752, la cavalcade fût interdite pour éviter les accidents, mais le pèlerinage à cheval fut maintenu jusqu’en 1781. Aujourd’hui, la cavalcade est pacifiquement intégrée dans la Procession de Saint-Guidon et de Notre-Dame de Grâce. Quant au rite de la table, il reste utilisé de nos jours pour les rites d’initiations des Compagnons de Saint-Guidon, qui organisent chaque année la procession.


L’intérêt historique

1) Dans les fouilles, la présence associée d’un dolmen, d’un arbre et d’une source conforte déjà la vraisemblance d’une fréquentation du lieu par nos ancêtres celtes ou gaulois à une époque indéterminée et probablement pré-romaine. Cette présence est en général indicatrice d’un lieu de culte “païen”, c’est à dire lié à une religion antérieure au christianisme ou simultanée, mais non chrétienne.

2) Le site devait déjà avoir une certaine importance au début de notre ère, puisque les vestiges d’un temple romain – et donc d’un édifice religieux – ont également été retrouvés. Certains de ces vestiges ont même survécu jusqu’à nos jours.

3) La construction de la crypte qui date, selon la plupart des spécialistes, du dernier quart du XIe siècle, renforce l’importance religieuse primitive du site.

4) Le développement du chapitre d’Anderlecht à partir de la fin du XIe siècle semble étroitement lié au succès du culte de Saint-Guidon, ainsi que du pèlerinage de nombreux voyageurs vers Anderlecht ;

5) A partir du XIe siècle, un développement social, culturel et cultuel important et croissant apportera la prospérité à l’endroit et à l’ensemble de la commune d’Anderlecht, de même qu’un retentissement international qui culminera à l’époque d’Erasme.

6) Simultanément, le développement d’une grande ferveur populaire qui durera jusqu’au début du XXe siècle, et les agrandissements et embellissements successifs de la Collégiale Saints-Pierre et Guidon pour en faire un édifice prestigieux, confirment son intérêt religieux de l’époque.


L’intérêt spirituel

La plupart des cryptes servent de lieu de vénération pour des reliques, or ici point de reliques : le dolmen – pierre tombale ne recouvre aucune dépouille. Nous sommes manifestement dans un lieu de dévotion, à la fois consacré et orienté vers une certaine spiritualité. Le pèlerin descend sous terre, puis, à partir du centre, passe sous le dolmen et découvre en ressortant la lumière qu’il est venu chercher. C’est là une invitation à descendre en lui-même, puis, s’étant re-centré, à passer par la porte étroite de la nouvelle naissance pour atteindre la lumière de la Connaissance. N’est-ce pas clairement à la mise en scène d’un processus initiatique ? Dans quel but ?